De toutes les tentatives de restitution de la conscience historique africaine, le système diopien est le plus complet, il est celui qui nécessite l’attention de tous les négro-africains qui ont la volonté de travailler dans le sens de la restauration de la vérité historique. La pensée de Diop est celle qui par une démarche philosophique et scientifique tend a <<réconcilier les civilisations africaine avec l’histoire>> par l’Égypte antique.

Selon Cheikh Anta Diop, il est presqu’impossible de fonder un corps de science humaine africaine sans se référer à l’Égypte antique. En effet, c’est par la connaissance de l’égyptologie, c’est-à-dire la connaissance de l’histoire de la civilisation égyptienne en étudiant la sagesse ancestrale de l’antiquité africaine depuis l’époque des pharaons (fari ). C’est par cette étude objective que l’on peut appréhender les moments de l’histoire africaine jusqu’à nos jours. L’affirmation selon laquelle les premiers Égyptiens étaient des noirs n’est pas nouvelle car cela était une banalité. Diop fait de ces faits historiques un concept scientifique opératoire. En d’autres vocables, il ne s’agit pas d’une simple affirmation, qui ne servirait uniquement qu’à être répéter au bouts des lèvres sans en considérer les implications intellectuelles. Cf. CIVILISATION OU BARBARIE.
L’Égypte pharaonique fut fondée par les Noirs
Dans le chapitre IV de Nations Nègres et Culture Diop démontre la parenté culturelle, coutumière, linguistique philosophique entre l’Egypte ancienne et le peuple Négro-africaine en expliquant les points communs par le totémisme, le système de la royauté, la cosmogonie, le système politique c’est-à-dire l’organisation sociale, le statut de la femme en Egypte antique et en Afrique Noire avant l’Islamisation, la christianisation et la colonisation.
L’idée que l’Egypte pharaonique fut fondée par les Noirs est pour Diop un fait instructif sur la conscience historique africaine. Cette conscience historique n’est pas seulement Africaine pour ceux qui voudraient bien connaître l’origine de la civilisation, mais aussi mondiale. Ainsi l’originalité de Diop ne vient pas de l’affirmation selon laquelle l’Egypte antique fut fondée par des Nègres, son originalité réside dans le fait que cette idée d’une Égypte Noire constitue la base d’une conscience historique Africaine et même mondiale car c’est l’Egypte qui est le berceau des civilisations. il écrit: <<Donc pour nous, le fait nouveau, important , c’est moins d’avoir dit que les égyptiens étaient des Noires à la suite des auteurs anciens, l’une de nos principales sources, que d’avoir fait de cette idée un fait de conscience historique Africaine et mondiale, et surtout un concept scientifique opératoire.>> cf. Civilisation ou Barbarie. Avant Diop donc aucun historiens africains ou européens n’avait réussi à faire ce dépassement. Il ne suffit pas de survoler les épisodes de l’histoire Égyptienne pour penser comprendre l’histoire africaine dans son ensemble, il ne suffit pas de garder qu’un aspect de la civilisation égyptienne pour croire avoir la conscience historique africaine. << Pour nous, écrit Diop, le retour à l’Egypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaine avec l’histoire, pour bâtir un corp de sciences humaines modernes , pour rénover la culture africaine.>> cf Civilisation ou Barbarie. Il n’est pas question ici d’un retour physique, chose impossible et impensable, mais un retour épistémologique doublé d’un sens analytique et historique. Ce retour est une sorte de rappel et de compréhension des phases de l’histoire africaine; ce retour consiste à embrasser la totalité des pratiques de l’ancienne Égypte, ce qui est juste dans la mesure où cette civilisation était complète et ne souffrait d’aucune carence en matière de production humaine. On y trouve de la philosophie, de la religion (théologie) et de la science (science positive).
C’est l’étude complète de la civilisation et l’histoire égyptienne qui rendra possible la mise en place d’un corps de science humaine. Diop démontre que l’humanité a pris naissance en Afrique à tous les stades du processus de l’hominisation. Il se sert de la méthode de datation, la chronologie absolue, l’anthropologie physique et l’archéologie préhistorique pour parvenir à de telle conclusion. Cf. Civilisation ou Barbarie. Diop est donc pour la recherche de la vérité historique par la méthode scientifique. << armez vous de science jusqu’aux dents>> disait-il à la conférence de Niamey << arrachez votre patrimoine culturel>>. Même si pour lui la culture nationale est très importante, la science est cet outil qui facilite l’étude et la compréhension de cette culture africaine. Pour Diop tout négro-africain doit se reconnaître dans la civilisation de l’antiquité égyptienne. Ce contacte avec l’antiquité égyptienne donnera des pistes pour réconcilier l’afrique contemporaine avec son histoire.
Fonder la culture africaine sur les langues africaines
Pour Ch. Anta Diop, il est nécessaire de fonder la culture africaine sur les langues africaines. En effet, les langues africaines rendent mieux compte de la pensée africaine en générale. Il explique que:<< On apprend mieux dans sa langue maternelle parce qu’il y a un accord incontestable entre le génie d’une langue et la mentalité du peuple qui la parle.>> Cf. ALERTES SOUS LES TROPIQUES Ch. Anta Diop démontre que les langues africaines peuvent rendre compte du savoir scientifique en traduisant des concepts scientifiques dans les domaines de la chimie, la physique sans oublier les concepts mathématiques. Diop traduit même le résumé du principe de relativité d’Einstein, résumé par Paul Langevin dans une langue africaine. Diop fait la traduction littéraire et intègre les rythmes ( Extraits d’Horace; de la marseillaise) tout en présentant une poésie wolof moderne sur un thème laïc . <<C’est en wolof que les chercheurs travaillent à introduire , aujourd’hui, de facon systematique, tous les concepts indispensables à l’expression des sciences exactes (mathematiques, physiques) de la philosophie etc.>> Cf. LES FONDEMENTS ÉCONOMIQUES ET CULTURELS D’UN ETAT FÉDÉRAL D’AFRIQUE NOIRE. Ce processus de recherche dans le domaine de la linguistique africaine nécessite des approfondissements pour faciliter l’accès d’une grande masse populaire africaine aux connaissances scientifiques par le moyen pédagogique adapté afin de faciliter de nouvelles découvertes dans les domaines variés.
Ce qui constitue le retard du jeune africain c’est le fait de fournir trop d’énergie dans l’apprentissage des règles et les mécanismes des langues étrangères, c’est-à-dire d’en maîtriser les principes avant toute autre tentative d’apprendre les sciences. Selon Ch. Anta Diop, << Il est plus efficace de développer une langue nationale que de cultiver artificiellement une langue étrangère; un enseignement qui serait donné dans une langue maternelle permettrait d’éviter des années de retard dans l’acquisition de la connaissance.>>Cf NATIONS NÈGRES ET CULTURE. En parlant de langue nationale, Diop ne parle pas d’une langue étrangère comme le français ou l’anglais ou même l’arabe qui servirait de langue nationale. Il s’agit plutôt d’une langue africaine autochtone. D’ailleurs Diop écrit à cet effet: << Mais l’unité linguistique sur la base d’une langue étrangère, est un avortement culturel.>> Cf. LES FONDEMENTS ÉCONOMIQUES ET CULTURELS D’UN ÉTAT FÉDÉRAL D’AFRIQUE NOIRE. Ce serait un véritable échec de baser la culture africaine sur une langue européenne ou asiatique. Le développement d’une langue nationale africaine devient nécessaire car cela est plus rapide et efficient au lieux d’essayer de faire la transmission avec une langue qui n’est pas africaine. La raison en est que un enseignement donné dans la langue locale ferait non seulement gagner du temps mais aiderait à une compréhension complète et plus claire de l’enseignement et aussi à transmettre à un grand publique.
Pour établir une langue autochtone qui servirait à transmettre le savoir, il serait non seulement important mais aussi nécessaire de faire le choix des langues les plus parlées, créer une académie afin d’enrichir ces langues en y introduisant les concepts philosophiques et scientifiques qui permettront de transmettre le savoir dans ces langues et sans être obligé de connaître les langues coloniales. Diop précise qu’il ne s’agit pas d’imposer une langue à toute l’Afrique, mais de choisir une langue local comme langue nationale pour en faire une langue gouvernemental. Dans le cas de la fédération, il faudra faire de même. C’est-à-dire considérer une langue nationale qui servirait de langue gouvernementale. Pour que l’africain puisse avoir accès à certaines notions scientifiques, il lui faut un certain nombre d’années et de connaissances grammaticales et des connaissances en vocabulaire au préalable dans les langues étrangères. Étant donné que les notions scientifiques doivent lui être transmises dans les langues étrangères (extérieurs à l’Afrique), il lui faut donc un bon nombre d’années d’apprentissage de ces langues avant même d’apprendre ces notions scientifiques. la multiplicité des langues en Afrique ne devrait pas être un problème en soi car tout comme l’Asie, l’Europe, l’Amerique, l’Afrique est un continent. Pourtant on y parle pas qu’une seule langue. Pourquoi Diop recommanderait-il une unité linguistique pour tout le continent africain? Il écrit : << L’idée d’une langue africaine unique, d’un bout à l’autre du continent, est inconceivable autant que l’est aujourd’hui celle d’une langue européenne unique.>> Cf NATIONS NÈGRES ET CULTURE. Pour Ch. Anta Diop donc, il ne s’agit pas d’une unité linguistique continentale africaine, mais plutôt d’une unité linguistique nationale. Une unité linguistique pour l’Etat fédéral dans le cadre de sa réalisation.
Pour Diop, baser la culture et les productions artistiques africaines sur les langues africaines est nécessaire. Aussi, il serait indispensable de les réaliser dans des centres culturels authentiquement africains. Il prend le cas de Dakar au Sénégal, mais cet exemple devrait être généralisé aux autres pays de la sous région. Il s’agit de la construction de musées africains où l’on pourra rencontrer toutes les collections des productions artistiques purement africaines indigènes dans tous les domaines de la sculpture, de la peinture, etc…
La démarche scientifique stricte
Diop est pour la démarche scientifique stricte dans toute entreprise visant à restaurer la vérité historique. La science est incontournable dans l’étude de la culture et de la civilisation Africaine. Pour comprendre l’histoire africaine, il est important de recourir à la méthode adéquate. Diop opère une rupture épistémologique en utilisant une approche rigoureuse et multidisciplinaire qui est celle de la science. Diop affirme: << J’ai entrepris mes recherches scientifiques à l’époque où les données répandues et acceptées concernant le passé historique des sociétés noires étaient trompeuses. >> Cf.CHEIKH ANTA DIOP par lui-meme. Le chemin emprunté est celui de la science et non celui d’une abstraction artistique. << Mon approche était scientifique plutôt que poétique.>> Idem. Deux sur trois composantes de l’identité culturelle ont été scientifiquement saisissable par Diop a savoir le facteur linguistique et le facteur historique. Pour Diop il faut être précis et très attentionné et rigoureux. Les mots pour le dire se passent d’interprétation: << Sur le plan de la méthodologie scientifique, il faut absolument être sévère avec soi-même. Si nous critiquons la partialité des autres pour tomber dans les mêmes travers, ce n’est plus la peine. >> Ibidem. Pour Cheikh Anta Diop aucune concession n’est permise en matière de rigueur scientifique. Plus que tout, l’approche pluridisciplinaire a rendu les thèses presque complètement irréfutables. << Cheikh Anta Diop souligne , lors d’une conférence-débat avec la jeunesse étudiante, que l’un des défis que doit relever le chercheur novateur, lorsqu’il est face à l’hostilité générale, est de défendre sur la durée la vérité scientifique qu’il a établie.>> Cf. Conférence de Niamey 1984.
La fédération des Etats d’Afrique Noire
Ch. Anta Diop est pour la fédération des Etats d’Afrique Noire. Cette position de Fédération des pays africains est une position qu’il a en commun avecThéophile Obenga. En effet, pour Théophile Obenga l’État fédéral d’Afrique Noire est la seule issue. Ch. Anta Diop est un fédéraliste, il soutient la coalition des Etats Noires d’Afrique. Sur le plan politique Diop dit être un panafricaniste, il encourage et veut que l’on renforce une conscience africaine continentale. Renforcer une conscience africaine continentale devrait palier au problèmes du tribalisme et de la xénophobie. Ici, il est question de s’interroger, de savoir si l’on se considère Africain avant autre chose ou autre chose avant de s’identifier comme Africain. Il faut pour ainsi dire réorienter l’enseignement historique pour renforcer la conscience culturelle. <<Les deux plus grands pays du monde sont ceux qui n’ont pas raté leur fédération; les soviétiques ont hérité d’un vaste ensemble alors que les Etats Unis l’ont réalisé à chaud. L’Afrique fédérée entrerait dans le cercle des grandes puissances du monde.>> Cf.CHEIKH ANTA DIOP PAR LUI-MÊME. Pour Diop et Obenga, c’est la seule issue pour sortir de l’emprise coloniale. Cet état fédéral donnera les forces et les moyens de valoriser la culture africaine et de connaître une véritable indépendance << Les puissances colonisatrices ont compris dès le début que la culture nationale est le seule rempart de sécurité, le plus solide que puisse se construire un peuple au cours de son histoire, et que tant qu’on ne l’a pas atrophiée, ou desintegrée, on ne peut pas être sûr des réactions du peuple dominé, de l’achèvement de son assimilation et de son asservissement total. Aussi le colonialisme a-t-il introduit l’aliénation, sous toutes ses formes, depuis l’école jusqu’au chantier.>> Cf. ALERTE SOUS LES TROPIQUES. La culture est comme l’oxygène qui fait vivre le patrimoine africain, elle est ce qui maintient l’identité africaine et lui donne le tonus de la résistance contre toute sorte d’aliénation.
L’État Fédéral d’Afrique Noire est possible. Pour le réaliser, il faudra mettre les égoïsmes individuels de côté et de trouver les points communs entre les peuples des différents enclos coloniaux. On peut constituer une unité linguistique, établir une politique fédéral basée sur le modèle qui conviendrait à la modernité en Afrique. Les responsables politiques devraient dans ces condition prendre leurs responsabilités. Ils sont trop confortables dans leurs rôles de leaders sans vraiment tenir compte du bien être nationale. Ainsi les moyens pour aboutir à un État fédéral sont accessibles et bien esquissés par Ch. Anta Diop. Diop donne les raisons du ralentissement ou de la stagnation de ce projet. Il écris: << Ce sont seulement les responsables politiques qui ne sont pas à la hauteur de ces problèmes, qui, au fond n’y ont jamais réfléchi sérieusement, qui ont peur d’accomplir l’acte qu’ils considèrent comme un sevrage économique.>> Cf. LES FONDEMENTS ÉCONOMIQUES ET CULTURELS D’UN ÉTAT FÉDÉRAL D’AFRIQUE NOIRE.
L’industrialisation de l’Afrique Noire.
Selon Diop, l’industrialisation de l’Afrique est possible et impérative dans cet Etat fédéral. L’installation des centrales nucléaires dans certaines zones est évidemment nécessaire pour l’Afrique Noire. Il y faut des zones de constructions automobiles, la mécanisation et la modernisation du domaine agricole, la construction de centrale thermique grâce à la production du petrole. Le continent africain regorge de ressources naturelles pour connaitre une ascension économique et technologique.
Pour le développement économique, Diop propose comme fond d’investissement la mise en place d’une Nouvelle Politique Économique (N.P.E). On pourrait échanger les métaux précieux contre les devises fortes des machines et les technologie. La vente des matières premières excédentaires pourrait également aider à réunir des fonds.<< Le facteur humain >>dit-il est à ne pas négliger car <<c’est la volonté collective du peuple de servir le pays>>. Une main d’oeuvre africaine collective doit être sollicitée sans frustration entre les citoyens par rapport aux postes. Pour Diop il ne faudrait pas exagérer les prêts de peur de sombrer dans l’illusion. La pensée économique de Diop est si grande et si indépendante qu’il recommande aux africains de conquérir leur propres marchés : <<D’autre part, l’Afrique doit conquérir et conserver dans une large part son propre marché intérieur, qui est un des plus important du monde.>> Cf. LES FONDEMENTS ÉCONOMIQUES ET CULTURELS FÉDÉRAL D’AFRIQUE NOIRE . Après avoir recensé les sources d’énergie en Afrique, Diop a localisé de potentielles zones industriels permettant la construction d’usines de fabrication et de production de technologie.
Les universités doivent approfondire la recherche scientifique pour les études et la construction d’accélérateur de haute énergie après avoir eu accès aux fonds nécessaires pour une étude objective afin << …de contribuer à élucider le problème de la nature intime des particules élémentaires et le comportement de la matière à ces niveaux élevés d’énergie, etc.>>Quand on arrive à appliquer la recherche, il faudra la partager avec les instituts qui sont spécialisés dans le domaine et qui sont rattachés à cette université. Ces instituts sont entre autres: les instituts de physique et chimie nucléaire, instituts d’électronique, instituts d’aéronautique et d’astronomie, instituts de chimie appliquée (synthèse organique, métallurgique, industrie de chimie minérale, etc.) les industries d’agriculture, institut de biochimie et d’agronomie tropicale, institut de santé, spécialisé dans les maladies tropicales. En un mot Ch. Anta Diop met au centre l’acquisition du savoir scientifique et technologique au centre du développement des Etats de l’Afrique Noire et prenant en compte la culture africaine qui pour Diop est très important. Si important qu’il ne faut pas en négliger son impacte sur les rapports de l’extérieur et nous.
Pour la formation des cadres, il s’agit d’identifier les besoins, les manques et les obstacles qui peuvent être des barrières dans la marche pour le développement économique, technologique et scientifique de l’Afrique Noire. La formation des cadres consiste à préparer les citoyens aux défis présents et futures de l’Afrique Noire.
Diop et la question religieuse.
Tout d’abord, il faut rappeler que Diop soutient le rationalisme laïque. Il écrit à cet effet:<< Tandis que la croyance laïque en la nature n’a rien de scientifiquement absurde, de caduque, de limité : c’est pour cela que nous espérons qu’elle est appelée à remplacer dans l’avenir tous ces faux contacts avec la nature. C’est ainsi que nous demeurons convaincus que le bienfait incontestable de la colonisation est le rationalisme laïque qui nous permet d’envisager les choses en dehors des catégories religieuses, quelles qu’elles soient, et de nous libérer ainsi intellectuellement.>> CfALERTE SOUS LES TROPIQUES. Les idées qui ressortent de cette citation semblent simples à comprendre dans l’ensemble, ce sont : la laïcité et la libre pensée. Nous savons que la laïcité est le principe de séparation entre l’Etat et la religion dans son ensemble. En d’autres mots l’Etat ne s’implique pas dans les décisions religieuses et les religions ne s’impliquent pas dans les décisions politiques. Ce faisant, aucune religion n’a de domination sur une autre religion. La laïcité se caractérise aussi par le fait que la religion n’exerce aucune emprise sur la société. Dans ce cas précis où le citoyen n’est pas contraint à pratiquer la religion, il est libre d’être septique, agnostique, athée etc. En dépit de ce que la colonisation représente comme mal pour l’Afrique, Diop considère le rationalisme laïque comme un <<bienfait incontestable>> car ce rationalisme laïque nous permet de réfléchir sans impliquer les croyances religieuses. Par ailleurs, le rationalisme laïque facilite la liberté de penser et devient un moyen de se débarrasser des superstitions religieuses. Même si pour Diop, la tradition africaine est celle qu’il faut réhabiliter en y recherchant des ressorts, pour lui la liberté de penser hors de la croyance religieuse est sine qua non.
Il est important de préciser que le travail de Diop n’a pas pour but de valoriser les religions de type abrahamique encore moins de leur donner une importance au dessus des croyances autochtones africaines. Certes on pourrait objecter qu’il était lui-même issu d’une famille musulmane, mais pour nous l’islamité de Diop devrait en principe se constater dans ses écrits qui pour nous sont les plus importants. Quoiqu’il en soit pour savoir ce que Diop pensait des religions en générale, de la croyance en Dieu et des croyances religieuses africaines en particulier, il faut visiter ses textes, ses analyses et ses recommandations. La question qui est pour nous la plus importante est : Les travaux de Ch. Anta Diop encouragent-ils à adopter les religions abrahamiques ?
La réponse à cette question est catégorique. C’est non! Les raisons sont évidentes de nos points de vue , il n’explique pas l’origine de l’humanité selon le récit coranique ni biblique ni selon la torah encore moins selon la cosmogonie égyptienne. En un mot l’origine de l’humanité est expliquée selon la science. Pour Diop c’est l’approche scientifique qui sera la meilleure quand il s’agira d’informer sur l’origine de l’humanité. Rien ne nous dit non plus qu’il considérait les récits religieux comme sources de vérité. Aussi, Ch. Anta Diop démontre que ces religions abrahamiques ne sont pas le résultat d’une révélation mais plutôt << …les images brouillées, renversées des productions de nos ancêtres>>.Cf CİVİLİSATİON OU BARBARİE. C’est sans équivoque ce que Ch. Anta Diop écrit sur l’islam et le christianisme.
D’une part, il écrit: <<Tous les éléments nécessaires à l’éclosion de l’islam étaient donc en place déjà plus de 1000 ans avant la naissance de Mahomet et l’Islam apparaîtra comme une << épuration>> du Sabéisme, par <<l’envoyé de Dieu>>.>>Cf. NATIONS NÈGRES ET CULTURE. Cette citation de Ch. Anta Diop montre que l’Islam est loin d’être une révélation. Cette dernière citation est le constat que Ch. Anta Diop fait de l’histoire du Sabéisme par rapport à l’islam. En effet, le Sabéisme est le précurseur de l’islam dans la pratique. En d’autres mots, la notion de pierre sacrée existait avant l’islam, prier aux différents moments de la journée était de coutume avant l’islam, la croyance en la vie après la mort existait déjà avant l’Islam. Il ressort de ceci que l’affirmation selon laquelle Mahomet aurait reçu une révélation n’est pas fondée historiquement parlant si l’on s’en tient à Ch. Anta Diop. Par ailleurs, l’islam est la religion des arabes qui a été en grande partie contractée par les africains comme le précise Ch. Anta Diop. Cf. ALERTES SOUS LES TROPIQUES
D’autre part, Diop démontre que la religion d’Osiris a précédé le christianisme. Cette religion osirienne est la première à inventer les notions d’enfer et de Paradis trois millénaires avant Jésus Christ. Il écrit: << La religion d’Osiris est la première en date, dans l’histoire de l’humanité, à inventer les notions de paradis et d’enfer. Deux mille ans avant Moïse, et trois mille ans avant le Christ, Osiris, la personnification du Bien, présidait déjà le tribunal des morts dans l’au-delà, coiffé du Atew ou Atef( jugement, juger)>>. Cf CIVILISATION OU BARBARIE. Il décrira la scène du jugement par la suite. Nous comprenons après ceci que la notion du jugement dernier dans la religion chrétienne et musulmane n’est pas nouvelle mais aussi qu’elle n’est ni une révélation ni un message divin.
Partant de ce qui précède, nous pouvons comprendre pourquoi Diop prévient sur une lecture débarrassée de tout préjugé visant à l’accuser de blasphème. Certes pour Diop, il ne s’agit pas de se livrer à des critiques religieuses à son époque mais son travail n’a pas pour objectif de montrer que l’Islam et le Christianisme sont vrais. Il considère que <<la religion est affaire personnelle.>>. En insistant sur les problèmes concrets de l’Afrique qui sont la préoccupation majeur de son travail.
En ce qui est des travaux de Diop, nombreuses sont les démonstrations qui sont difficiles à réfuter. Les travaux de Diop ne montrent en rien que ces religions sont fondées sur la vérité scientifique ou validées par les faits historiques et qu’elles sont des faits d’une révélation. Qu’en est-il de son opinion ? Diop était-il un croyant ?
Pour Diop, baser la culture et les productions artistiques africaines sur les langues africaines est nécessaire. Aussi, il serait indispensable de les réaliser dans des centres culturels authentiquement africains. Il prend le cas de Dakar au Sénégal, mais cet exemple devrait être généralisé aux autres pays de la sous région. Il s’agit de la construction de musées africains où l’on pourra rencontrer toutes les collections des productions artistiques purement africaines indigènes dans tous les domaines de la sculpture.
Á la question de savoir si Diop était un croyant religieux musulman, il nous sera difficile d’y répondre clairement. Les raisons sont que l’auteur de Nations Nègres et Culture précise déjà que <<la religion est affaire personnelle>>. Cette expression est très significative. En tant que partisan de la laïcité, Diop ne fait aucune part belle aux religions de type abrahamique. Pour nous, Cheikh Anta Diop ne croit qu’en la science au sens dogmatique. Diop est un fervent partisan de la modernité. Cette modernité est renouvellement de la culture africaine, une modernité laïque qui en quelque sorte ne glorifie pas la religion étrangère mais qui promeut la culture africaine.